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06/ Les maîtres du manga d’horreur ( Kazuo Umezu, Maruo…)

L’expression kowai manga désigne un type de manga particulier : le manga d’horreur.

Contrairement à ce que l’on observe en Occident où ce genre s’adresse plutôt aux hommes, la bande dessinée d’horreur publiée dans l’Archipel est souvent destinée à un public féminin qui trouve son comptant de frissons à la lecture de magazines spécialisés aux titres explicites Gekkan Halloween (qui a publié Tomie de Junji Ito et Le Manoir de l’horreur de Ochazukenori), Mystery Bonita, Suspense & horror…. Dans ces « kowai shojo », l’histoire horrifique se double souvent d’une intrigue amoureuse aux accents surnaturels. Cette féminisation du genre s’explique par le fait que depuis toujours au Japon les femmes sont associées à la notion de peur. Les contes terrifiants traditionnels regorgent de femmes fantômes, marâtres cruelles et autres ogresses sanguinaires. Dans les mangas cette figure se superpose à une autre notion inquiétante, pour les japonais, elle aussi d’inspiration féminine et qui constitue une forme de transgression de l’ordre et de la morale : la femme qui d’une manière ou d’un autre met en péril l’équilibre familial (l’érotisme forcené ou malsain, l’adultère, l’infanticide…) ! Cette combinaison détonante s’incarne dans plusieurs courants qui ont chacun leurs maitres. Né en 1936, Umezu Kazuo est la figure emblématique du kowai shojo. On lui doit notamment Hebi Shojo un récit presque entièrement féminin, composé en trois parties : « Maman me fait peur », « La fille tachetée » et « La fille-serpent » dans lequel des enfants sont confrontés à une mère menaçante. Une situation qu’il affectionne particulièrement et que l’on retrouve dans L’École emportée prépublié dans l’hebdomadaire Shōnen Sunday de 1972 à 1974, mais aussi et surtout dans Baptism, l’histoire d’une actrice célèbre, obsédée par sa beauté qui voit sa carrière et sa vie brisée par une tache qui envahit peu à peu son visage et qui décide de transplanter son cerveau dans la tête de sa fille de 10 ans conçue à cette seule fin ! Femmes dérangeantes ou victimes et quotidien perverti sont aussi les ingrédients de séries célèbres comme le fameux Histoires d’œil de Miya­ko Co­ji­ma d’après des nou­velles de Yu­ki­to Ayat­su­ki ou encore Le Manoir de l’horreur d’Ochazukenori. Lieu aux couloirs sans fin, le manoir est le témoin d’histoire particulièrement effroyables : une jeune fille donne un de ses yeux à un monstre à la condition qu’il tue son professeur, cette autre décide de punir ses camarades de classe qui accusent sa mère d´être l´auteur des meurtres horribles qui qui se multiplient dans leur quartier…

Autre maître du genre Shunji Ito représente lui une autre veine du récit d’horreur. L’horreur moderne, nourrie de recherches biologiques et de nouvelles technologies. Si la série Tomie revisite le thème classique du vampire et Spirales le thème lovecraftien de l’entité cachée qui prend le contrôle des esprits, dans Gyo, Shunji Ito imagine que le japon est menacé d’une invasion de poissons pouvant marcher et qui à leur contact transforment tous les êtres vivants en des monstres à leur image. Une terreur issue d’un laboratoire secret de l’armée japonaise, fruit d’une expérience qui a mal tourné. Un scénario dont le manga est prodigue en variantes comme celle que propose Hideyuki Kikuchi dans Vampire hunter D qui imagine un univers post apocalypse nucléaire, dans lequel les vampires ont surgi des ténèbres à la tête de hordes monstrueuses pour asservir le monde. Notons que ce thème de l’île cauchemardesque est aussi un motif récurrent dans les mangas d’horreur. Le jeu morbide auquel sont contraints les lycéens de Battle royale de Masayuki Taguchi se déroule sur une île recélant de pièges mortels, tandis que dans L’ile panorama de Suehiro Maruo, d’après un récit d’Edogawa Ranpô, l’île féerique et orgiaque créée par l’écrivain Horosuké Hitomi tourne vite au cauchemar.

On ne saurait évoquer le manga d’horreur sans mentionner une de ses spécificités made in japan : l’ero-guro. Néologisme construit à partir d’érotique et de grotesque, ce courant littéraire voit le jour dans les années 1920 et combine plusieurs influences : les œuvres d’occidentaux comme le Marquis de Sade ou Georges Bataille et des représentations de la déliquescence issue de la tradition bouddhiste. Père du roman policier japonais, Edogawa Ranpo, est un des chantres de cette veine littéraire horrifique autant qu’érotique, mêlée de grotesque qui connait une vraie popularité dans l’Archipel. Pour ce qui est de la bande dessinée, les principaux maîtres de l’ero-guro sont Shintaro Kago qui dans Carnet de massacre, donne à lire 13 contes Cruels du Grand Edo nourris de pulsions sexuelles obsessionnelles et extrêmes comme celui sur l’Art de découper un homme en lui procurant une extase infinie ou celui sur le club des adorateurs d’excroissances corporelles monstrueuses. Certaines œuvres du mangaka Hideshi Hino, s’inscrivent dans ce registre. Ainsi dans Panorama de l’Enfer ce spécialiste du genre horrifique, imagine un artiste dément, inspiré par l’horreur, qui peint avec sang et fureur 13 tableaux représentants l’apocalypse. Des représentations à la limite du supportable, d’atrocités aux limites du grotesque. Digne héritier d’Edogawa Ranpo, l’énigmatique Suehiro Maruo est un artiste mangaka qui depuis les années 1970 marque de son empreinte inimitable le champ de la contre-culture japonaise. Son œuvre témoigne de la fascination que lui inspirent la violence, le sexe, le grotesque, les corps anormaux et mutilés, l’onirisme inquiétant et les atmosphères oppressantes des romans d’Edogawa Ranpo, Maruo a adapté L’Ile Panorama et La Chenille,transposant au plus juste les images cauchemardesques de l’écrivain. L’univers graphique de Maruo est totalement unique, d’une précision quasi clinique qui contribue au malaise ambiant : les personnages campés sans afféteries sourdent d’une étonnante sensualité à travers des représentations très explicites et d’une violence rarement atteinte en bande dessinée.

Commentaires

1 commentaire

Une réponse à “06/ Les maîtres du manga d’horreur ( Kazuo Umezu, Maruo…)”

  1. Posté le 12/31/2010

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